Michel Rocas, le roi du nanar
Documentaire

Michel Rocas, le roi du nanar

Un film de Laurent Préyale

François Truffaut, de six ans son ainé, voyait en Michel Rocas un petit frère ayant traversé les mêmes épreuves que lui. Leur amitié sera sans faille et le décès de Truffaut sera l'épreuve la plus terrible dans la vie de Rocas ; à partir de cette date, Rocas ne tournera plus et vivra comme un ermite en n'ayant qu'une seule idée en tête : réaliser son grand FILM. Telle était la promesse faite à Truffaut. Francois Truffaut aida souvent Rocas notamment en l'amenant avec lui pour le tournage du film de Steven Spielberg, admirateur de Truffaut, Rencontres du troisième type en 1977.
Truffaut allait jusqu'à rajouter des scènes de bassin avec maquettes de bateau dans ses films (Domicile conjugal, 1970 ; L'Homme qui aimait les femmes, 1977) pour permettre à son ami de donner libre cours à ses expériences sur la mécanique des fluides en milieu salin. Mais le plus grand hommage de Truffaut à Rocas fut le film La Nuit américaine en 1974 avec Bernard Menez dans le rôle de l'assistant du réalisateur.

Quelques films de Michel Rocas :
Pas de Grisbi pour les caves
707 perd au 421
Les morts-vivants sont fatigués
Plus lourd que moi… tu trouveras pas
La nymphomane est mélomane
Le festin des vampires
On bois frais et on drague sec
Judas deus ex machina
hemo à gogo

Comment ? Max Pécas avait un frère spirituel en grivoiseries et on ne nous avait rien dit ? Grâce au documentaire de Nicolas Castro et Laurent Préyale, on peut enfin apprécier à sa juste valeur la filmographie de Michel Rocas (1940-1991), roi du nanar scandaleusement ignoré par toutes les encyclopédies du cinéma, qu'elles soient imprimées ou virtuelles. Trois titres de gloire, au moins, peuvent lui être attribués : il fut l'assistant de Godard sur le tournage d'A bout de souffle (dont il aurait réalisé quelques séquences parmi les plus révolutionnaires), il a découvert Brigitte Lahaie et il a lancé Patrick Bruel au cinéma (dans Viens chez moi faire un p'tit poker). Sa carrière prolifique ­ plus de cent films au compteur ­ a épousé toutes les modes du cinéma bis, touchant à tous les genres avec un constant souci d'innovation ­ du film noir (Pas de grisbi pour les caves) à la comédie franchouillarde (Plus lourd que moi, tu trouveras pas), en passant par le western-paella (Qui veut la peau de Tortilla ?), l'espionnage (707 perd au 421), l'épouvante (Vaginula, princesse des ténèbres) et le X (On ne parle pas la bouche pleine).
Dans le concert d'hommages rendus à Michel Rocas par ses proches (les acteurs Henri Guybet et Bernard Menez, le producteur de porno Jean-François Davy, le cinéaste Jean Rollin...) et ses admirateurs (le programmateur de la Cinémathèque, Jean-François Rauger), seul Philippe Clair fait sa mauvaise tête : le réalisateur de Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir n'a pas pardonné à Rocas la «trahison» d'Aldo Maccione... Bien équilibré entre extraits de films judicieusement empruntés et anecdotes édifiantes, ce documentaire est un petit bijou d'érudition cinéphilique. (Gérard Manvusa alias Samuel Douhaire 😉

Générique

RéalisationLaurent Préyale
ScénarioNicolas castroLaurent Préyale
ComédiensPhilippe ClairJean-François DavyHenry GuibetBrigitte LahayeBernard MenezJean Rollin