Le jeu de la mémoire
Un film de Laurent Préyale
Seule sur scène, Stéphanie Lanier interprète une comédienne, dirigée par un réalisateur dont on entend seulement la voix. Elle doit jouer le rôle d’une actrice désorientée, hantée par des démons qui se mêlent à ses propres souvenirs… Le spectateur pénètre dans sa mémoire grâce à des projections de vieux films, images de ses souvenirs.
Une femme, seule en scène. Le plateau est nu, ou presque. Une toile tendue dans le fond et la voix d’un directeur de tournage. Mais une voix seulement, sortie de nulle part. Elle s’adresse à une comédienne qui doit jouer le rôle d’une actrice qui perd pied. Pendant une heure, elle est seule, seule face à elle-même et à ses démons, qui viennent se mêler au scénario. Qu’elle doit pourtant jouer. Des souvenirs l’envahissent, peu à peu, et la font basculer dans la folie. C’est là un véritable rôle de composition interprété par Stéphanie Lanier, qui nous embarque progressivement dans la mémoire de son personnage, Stéphanie L. La comédienne porte d’ailleurs les mêmes initiales. Doit-on faire un lien ? Est-ce une volonté d’approfondir ce jeu de perspectives de théâtre dans le théâtre ? Nous ne savons pas, mais nous ne pouvons qu’applaudir au jeu de Stéphanie Lanier. Elle joue avec brio le rôle d’une femme un peu fanée, qui s’ennuie dans sa vie d’actrice sur le retour. Elle est obligée d’accepter des rôles, n’importe lesquels, parce qu’il faut bien manger et qu’elle n’a pas le choix. Seulement voilà, elle est prise au piège. Elle a signé un contrat et doit aller jusqu’au bout.Alors, se superpose à ce qu’elle doit jouer un flot de souvenirs qui ressurgissent en vrac. Et, rapidement, nous ne savons plus si ce qu’elle dit fait partie ou non du scénario. Rêve ou réalité ? Souvenirs d’un passé douloureux ? On entend la voix d’un homme, celle d’un enfant à jamais perdu, un accident de voiture. Le spectateur pénètre dans le fond de sa mémoire grâce à une projection d’images : mélange d’elle-même et de rushes de vieux films, souvenirs et réalités se confondent. Le rythme s’accélère. Elle se débat pourtant, arpente le plateau, tente de s’enfuir, mais les mots la rattrapent, l’enserrent comme dans un tourbillon. En réchappera-t-elle ? Outre le jeu de Stéphanie Lanier, ce qui est tout autant remarquable dans cette pièce est l’intelligence avec laquelle est exploitée l’image. En effet, lors des scènes où l’ombre de l’actrice est projetée sur la toile de fond, on pourrait croire qu’il s’agit là d’un simple jeu de lumière. Cependant, un spectateur attentif remarquera que les mouvements de Stéphanie L. et ceux de sa silhouette ne correspondent pas toujours. Cette projection, nous semble-t-il enregistrée à l’avance, creuse un dédoublement de sa personne. D’abord insidieux, il devient rapidement insupportable.
Générique
| Réalisation | Laurent Préyale |
| Image | Marie AngladeChristian FiengaCéline MetzgerPascal Tirilly |
| Son | Pierre-Claude Bernard |
| Montage | Sabine Simtob |
| Mixage | Pierre-Emmanuel Guinois |
| Auteur du spectacle | Gérard Vantaggioli |
| Mise en scène | Gérard Vantaggioli |
| Comédiens | Stéphanie LanierJacques FrantzAlain DumasPierre Trapet |
CLC Productions
Cie Gérard Vantaggioli
Théâtre du Chien qui Fume