Richard Francis Burton « Plus grand l’homme, plus grandes ses passions, ses souffrances et ses failles »

Richard Francis Burton « Plus grand l’homme, plus grandes ses passions, ses souffrances et ses failles »

Humm, résumer en quelques mots la vie d’un simple mortel est déjà une gageure, comment faire pour décrire un homme tel que lui… Laissez moi rassembler mes esprits… Tout d’abord je dirais «Plus grand l’homme et plus grandes ses passions, ses souffrances et ses failles». Richard était un séducteur esclave de sa sexualité, expérimentateur passionné de la plupart des perversions humaines, grand amateur de prostituées, d’opium et de haschich qu’il consommera toute sa vie. Ce fût un empiriste et un homme de terrain qui aura vécu une demi douzaine d’existences, je vous l’assure.
Il fût à la fois boxeur et escrimeur hors pair, le meilleur d’Angleterre, soldat puis stratège guerrier, géomètre et topographe, chroniqueur et dessinateur, espion et explorateur : il a fondé la société Londonienne d’Anthropologie pour se moquer du conformisme de la National Geographic Society… Je vous vois bouger dans votre fauteuil, mais permettez tout de même que je continue… Auteur, poète et traducteur : on lui doit notamment la première adaptation des Mille et Une Nuits et du Kâma-Sûtra qui étonnamment
échappa à la censure de notre bien aimée Reine. Amoureux d’un Islam des lumières, ethnologue réputé. Ses écrits sur le Sind et ses rites, sur l’Afrique et ses coutumes sont aujourd’hui enseignés à Oxford, il n’aura eu de cesse de lever les barrières de l’ignorance. Hypnotiseur et versé dans l’ésotérisme, il inventa le terme EPS « perception extra sensorielle », il deviendra vers la fin de sa vie consul de Grande Bretagne au Brésil, à Damas en Syrie et enfin à Trieste au service de notre reine Victoria qui comme vous le savez, le fit chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. On peut dire qu’il fût ainsi reconnu sur le tard par ses pairs et par son pays…
Vous hochez encore la tête…?
Apprenti toute sa vie il fût initié à de nombreuses sociétés secrètes en Inde, en Afrique et au Moyen Orient, il aura même tenté de percer les mystères de la Kabbale cherchant sans relâche à comprendre le monde invisible qui nous entoure.Doté d’une condition physique, d’une sensibilité, d’une intuition et d’une curiosité hors du commun, je vous le confirme, personne n’a concentré autant de compétences en une seule vie et surtout réussi à s’en servir.
Il fût l’un des premiers Occidentaux à atteindre la Mecque, déguisé en pèlerin, le premier à pénétrer Harrar, la ville sacrée des musulmans et le premier européen à organiser une expédition pour trouver les sources du Nil dont son ami John Hanning Speke s’attribuera la découverte. Il avait une aptitude surnaturelle pour apprendre les langues et les dialectes, plus d’une quarantaine au total, pas pour devenir lexicologue ou sémanticien, mais pour pouvoir communiquer avec les autres hommes. Nous conversions parfois en arabe ou en persan et il m’a appris l’Hindoustani. Que votre excellence ajoute à ceci un goût immodéré pour le déguisement et la comédie, il a tour à tour été négociant persan, médecin hindou, riche marchand égyptien, Cheick arabe, selon les besoins du moment pour mieux s’immerger dans des cultures très différentes de la sienne pour apprendre, toujours apprendre…
Mais apprendre pourquoi ? Quelle finalité au savoir ? Ses explorations sans fin autour du monde furent-elles autant de quêtes pour se comprendre, trouver son identité ?
Comprendre qui il était réellement ou bien simplement se sentir vivant, ses sens toujours en alerte, obligé de trouver comment s’adapter à ces nouvelles situations au péril de sa vie ?Il n’eut jamais de profession ou de résidence définie, pas de foyer fixe, pas de racine, une famille où il ne s’est jamais senti aimé et reconnu, très peu d’amis, une femme qu’il abandonna des années avant de la retrouver vers la fin de sa vie mais avec qui il n’eut jamais d’enfant.
Il est ce petit garçon de huit ans qui a suivi son père et sa mère dans un pays inconnu, gosse perdu, animal égaré, qui passera sa vie d’homme à chercher ce royaume imaginaire ,où il serait enfin chez lui, heureux d’aimer et d’être aimé. Voici le premier jet de ce qui pourrait passer pour une homélie et qui je l’espère vous aura permis de vous faire une idée de l’homme qu’il fût.

Auteur(s) Laurent Préyale
Réalisateur(s) Laurent Préyale
Genre Documentaire
Année 2018
Durée 52 mn
Format 16/9